Poème
Les ménagères
par Esther GRANEK
Portraits et chansons sans retouches
Au début de leur destin c’était pourtant des filles bien. Elles sont entrées en fonction comme on entre en religion. Les ménagères. Autour d’elles elles font briller le parquet le bois le verre et secouent leur derrière en mouvemements bien cadencés. Les ménagères. Mais dans le lit conjugal elles sont catins c’est normal. Leur programme est bien fourni pour le jour et pour la nuit. Les ménagères. Leurs proportions corporelles s’avachissent avec les ans. Et de leurs pauvres cervelles on sourit depuis longtemps. Les ménagères. De la carne qu’elles cuisinent elles ont bientôt pris la mine. De la poussière qui les ceint elles ont déjà pris le teint. Les ménagères. Rêvassant dans leurs torchons elles voyagent à leur façon et se disent qu’avec le temps tout ira plus facilement. Les ménagères. Les v’là au bout du rouleau. Elles sont usées jusqu’aux os. Point d’statue pour les héros. Et pour leurs droits c’est zéro. Les ménagères. Et c’est là leur Univers. Mais il y a une récompense : Grand cordon d’la Serpillière et un coup d’pied où je pense. Les ménagères. Au début de leur destin c’était pourtant des filles bien… 1976
Commentaires (1)
Rêve de comptoir (Pays de Poésie, 6-11-14) --------------------- ’ai rêvé qu’au comptoir je mangeais du potage (La belle tavernière ayant choisi ce gage) Et qu’afin que j’en fusse un peu plus tourmenté, La vaurienne l’avait lourdement pimenté. J’ai rêvé que j’étais un éphèbe élastique Qui dansait sur le zinc un ballet fantastique ; La tavernière alors m’inondait de parfum, Chose que j’acceptai, mais sans plaisir aucun. J’ai rêvé que, par jeu, la dame déchaînée Emprisonnait mon corps d’une étreinte effrénée. Je me disais : pour qui ces jeux incandescents ? Ça conviendrait bien mieux à un adolescent. J’ai rêvé qu’à l’auberge arrivait ma maîtresse Qui se bornait à rire en voyant ma détresse, Disant : je connaissais nombre de tes talents, Mais certes pas celui de dresseur de juments !
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