Poème d’un membre
Les esclaves
par CathyVoleMembre
Ils sont vissés sur leur chaise à roulettes Qui roule si peu: du bureau au tiroir. Toute leur journée s'accomplit dans leur tête Aux grands yeux maquillés de cernes noirs Les épaules meurtries de ne rien porter Ils sont tout crispés devant leurs mains vides Qui palpent frénétiquement ce clavier Responsable de leur labeur insipide Du matin au soir ils comblent hypocrites Des tâches colossales qu'ils sont seuls à voir Tâches perverses qui s'effacent en un clic Et auxquelles pend leur vie de jeunes vieillards Oh ils travaillent dans un grand silence Chargé d'ondes et de soupirs électriques Qui traversent leurs corps en mode absence Disparus dans le réseau numérique Mais ce qui les tue surtout à petit feu Ou à grand fracas quand soudain ils craquent C'est la lassitude de leurs pauvres yeux Gavant de riens leur têtes insomniaques C'est l'ennui déguisé en surmenage D'un travail kilométrique et sans but Qui décolore et fane leurs longs visages Résignés à introvertir la lutte Esclaves nantis de nos temps modernes Enchaînés sans fils à leurs écrans plats On leur a tellement mis la vie en berne Qu'ils sont même contents d'être arrivés là Car ils en ont ingurgité des tonnes De pixels et de programmes monstrueux Pour l'avoir cette place de vie de somme Où ils s'acharnent à faire de leur mieux Ils sont vissés sur leur chaise à roulettes Qui roule si peu: du bureau au tiroir Toute leur vie s'est accomplie dans leur tête Et dans l'abîme grandiose d'un écran noir Avril 2016
Commentaires (2)
Un tableau noir mais tellement réaliste de notre époque " connectée". Merci pour cet excellent poème.
J'aime...Nous avons visiblement les mêmes sources d'inspiration!...J'ai écrit ce poème intitulé "Les ruines du quotidien" Tous les matins résignés, ils s’entassent, Dans des wagons sales à la lumière d’ivoire, Le regard perdu comme des bêtes qu’on mène à l’abattoir, Ils se serrent à contre-cœur pour éviter la menace, De leurs congénères qui risquent de rester à quai! Alors l’atroce sirène retentit bruyamment dans la tine, Et les portes se referment comme des guillotines, Sur ces malheureux qui ne sont au final que des laquais, Privés de liberté, de révolte et d’espérance, Chahutés, bousculés sur le chemin de leurs errances, Qui les ramènent toujours sur des rives d’amertume. Et ils épuisent inutilement les forces de leur pauvre santé, Qui les laissent flétris aux soirs de leurs vies épouvantées, Tant le servage pathétique a fini de ruiner la trace de leurs rêves.
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