Poème
Les Deux Amours
par Hégésippe MOREAU
Pourquoi donc, jeune Laïs, Rêveuse au bord de ma couche, Sur mes amours au pays M’interroger bouche à bouche ? J’ai, pour eux, dans nos déserts, Chanté sur toutes les notes… Mais, à propos de mes vers, Faites donc vos papillotes. Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite ! Ma petite : Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite, et baisez-moi. Un ange sut me charmer, Un ange au cœur pur et tendre ; De loin, content de l’aimer, De la voir et de l’entendre, Je la suivais sans repos, Et mes lèvres enfantines Baisaient sa trace… À propos, Délacez donc vos bottines. Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite ! Ma petite : Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite, et baisez-moi. De sa bouche quand j’ai su Obtenir enfin : Je t’aime ! Les mains jointes j’ai reçu Son baiser comme un baptême ; J’ai, le front sur ses genoux, Prié des heures entières… À propos, qu’attendez-vous ? Otez donc vos jarretières. Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite ! Ma petite : Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite, et baisez-moi. Oh ! si j’avais par hasard Effleuré de mon haleine, Profané de mon regard, Son sein rond sous la baleine, J’aurais dit cent fois : Pardon ! Moi, bâtard de Diogène… À propos, débouclez donc La ceinture qui nous gêne. Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite ! Ma petite : Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite, et baisez-moi. Ces beaux jours sont envolés : Que le souvenir en meure ! Lorsque vous me consolez, Peut-être qu’en sa demeure, Hélas ! son oubli m’absout De mon plaisir infidèle : Amours purs, croyances, tout S’éteint… soufflez la chandelle. Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite ! Ma petite : Vous soupirez, et pourquoi ? Riez vite, et baisez-moi.
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