Poème
Les Cloches de la Basilique
par Eudore ÉVANTUREL
J'écoutais dans la paix du soir, Sous la pâleur du ciel mystique, Les sons pieux que laissent choir Les cloches de la basilique. Et j'évoquais au loin leur voix, A la fois grave et triomphale, Quand elles sonnaient autrefois Les angélus de cathédrale, Au temps heureux, trois fois béni, Où, dès l'aube, souvent ma mère Me retrouvait au pied du lit, Agenouillé sous leur prière. Combien leur appel familier Charmait alors mon âme éprise, Lorsque j'allais, jeune écolier, M'asseoir à l'ombre de l'église, Et que, captif de leur doux son, J'attendais que leur voix se taise, Pour suivre au loin, à l'horizon, L'écho de leur chanson française ! C'est qu'en ce temps déjà lointain, Cloches témoins de tant de choses, Vous me parliez, soir et matin, D'un long passé d'apothéoses, Et du regret que vous aviez D'un temps de gloire et de conquêtes, Quand, de par le Roy, vous sonniez Vos carillons des jours de fêtes, Et que gaiement, sur le rocher, Au printemps des jours d'espérance, Vous annonciez, du vieux clocher, Le retour des vaisseaux de France.
Commentaires (1)
Je chante dans la paix du soir. Ma chanson n’a rien de mystique, Je regarde s’il va pleuvoir Sur les toits de la basilique. Il me semble entendre la voix À la fois grave et triomphale, Des grands archanges d’autrefois, Chassant la froidure hivernale. Et dans mon fief de Saint-Denis Montent les rumeurs familières. Il faut que je fasse mon lit, Faut que je règle la chaudière. J’aime ce monde familier Toute mon âme en est éprise, Je parle aux voisins de palier Dans la lumière déjà grise. Puis nous partageons des boissons. Le soleil rouge comme braise S’enfonce au fond de l’horizon. Les rumeurs du quartier se taisent. Le regard des astres lointains Eclaire les gens et les choses. Il fera jour demain matin, Quand surgira un soleil rose. Tous les soucis que vous aviez Vous laisseront la paix complète : Suffit pour ça que vous dormiez Dans la sérénité parfaite. Allez prendre du rêve chez La tendre muse de Saturne : De vous ne sauront s’approcher Les sombres tristesses nocturnes.
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