Poème
Le Vaisseau d'Or
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - L'Âme du Poète
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif : Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues ; La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues, S'étalaient à sa proue, au soleil excessif. Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil. Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés. Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ? Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ? Hélas ! Il a sombré dans l'abîme du Rêve !
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Nef du Capitaine Crochet ------------------- Sur son noble vaisseau, le pirate est pensif, Il se souvient des mots d’une belle inconnue ; Son coeur en est troublé, son âme est comme nue, Ce sentiment l’accable et lui semble excessif. La nef est en danger de frapper un récif ; La barre cependant, habilement tenue Par un homme intrépide et plein de retenue, Sauve d’un tel destin le navire massif. Capitaine et barreur, en des plaisirs profanes, Marins de comédie, héros d’Aristophane, Vident plusieurs godets, perdant toute fierté. Que leur apportera leur navigation brève ? Pourront-ils découvrir un lieu de liberté ? Il leur reste, sinon, le continent du Rêve.
Errance nautique -------------- Ce bateau dérivant, c’est un vaisseau massif, C’est un sombre rafiot d’origine inconnue ; Quelquefois, sur le pont, chante une voix ténue, J’entends jour après jour son déclin progressif. Ce surprenant navire ignore les récifs, Une magie puissante est par lui détenue ; Les pâles matelots dans leur noire tenue Arborent presque tous un visage pensif. Songent-ils à leur vie, qui jadis fut profane ? Se remémorent-ils des mots d’Aristophane ? Sur un danger prochain furent-ils alertés ? Je n’en dirai pas plus dans cette chanson brève, Je laisse à ces errants leur pleine liberté ; Ils savent naviguer sur les ailes du Rêve.
Déclin d’Ulysse -------- Vaisseau vétuste, un peu poussif, Que pousse une brise menue ; Une sirène à voix ténue Chante sans efforts excessifs. Ce délabrement progressif, Quelle amère déconvenue ! Brûlants de larmes retenues, Nous lâchons des soupirs furtifs. Ainsi notre vigueur se fane ; Les sbires de l’enfer profanent Les autels qu’ils ont piratés. Gravez une épitaphe brève Sur nos tombeaux déshérités ; Le temps qui reste, un mauvais rêve.
Ainsi le dit Un grand conteur, Homèr’ d’Allaure. -------------- https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/12/15/un-erudit/
Nef sans capitaine -------- Il vogue sans but, cet esquif, En vaines allées et venues ; La panique en lui s’insinue, En sa coque de bois massif. Est-ce un désespoir excessif ? La question n’est pas saugrenue ; Les sirènes l’ont retenue, Je l’entends en leur chant plaintif. Ainsi toute vigueur se fane, Les vivants perdent leurs organes, La mort approche, en vérité. Qu’importe cette chanson brève Sur ce site déshérité ! Cela ne vaut pas plus qu’un rêve.
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