Poème
Clair de lune intellectuel
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - L'Âme du Poète
Ma pensée est couleur de lumières lointaines, Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs. Elle a l’éclat parfois des subtiles verdeurs D’un golfe où le soleil abaisse ses antennes. En un jardin sonore, au soupir de fontaines, Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ; Ma pensée est couleur de lumières lointaines, Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs. Elle court à jamais les blanches prétentaines, Au pays angélique où montent ses ardeurs, Et, loin de la matière et des brutes laideurs, Elle rêve l’essor aux célestes Athènes, Ma pensée est couleur de lunes d’or lointaines.
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Tu t'en vas pour plonger à la source lointaine Dont nul n'a mesuré, jamais, la profondeur. Plus haut, dans le feuillage aux vivantes verdeurs, Les fourmis te saluent du bout de leurs antennes. Rien ne peut surpasser cette claire fontaine ; La forêt y propose un festival d'odeurs ; Tu t'en vas pour plonger à la source lointaine Dont nul n'a mesuré, jamais, la profondeur. Or, tous les guilledous, toutes les prétentaines, Qui font danser ici ta printanière ardeur T'auront bientôt conduit, loin de toute laideur, Cueillir le myrte blanc aux bocages d'Athènes ; Tu t'en vas pour marcher sur la lune lointaine.
Le dolmen et la crypte ----------------------- Sur le lourd mégalithe, un signe ésotérique ; Un grand paléographe, en l’ayant sous les yeux, Dit «Je n’y comprends rien, vraiment, je me fais vieux, Ces mots semblent vouloir que je tourne en bourrique». De la crypte parvient une étrange musique, Mélodie d’un démon ou mélodie d’un dieu ; Profond est le mystère en ce magique lieu, De rien ne serviront les lois de la physique. Aucun arbre alentour, ni aucune maison, La crypte cependant n’est pas une prison ; Quels sont les rituels que l’on y mit en scène ? Le dolmen accueillit Bacchus et ses neveux, Ainsi que la bacchante aux flamboyants cheveux, Mais je n’en parle point, pour ne pas être obscène.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/11/20/lointaine/
Seigneur abyssal ------------ Je règne sur les eaux lointaines, Y compris dans leurs profondeurs ; Je règne sur mille splendeurs, J’ai noyé mille capitaines. Aussi fraîche qu’une fontaine, La fosse m’offre ses odeurs ; Je suis loin de toute laideur Et de toute chose incertaine. Cet océan, c’est ma maison, De mes ennemis la prison ; Je les abreuve d’eau de Seine. Les grands ondins sont mes neveux, Et comme moi, forts et nerveux ; Ils n’ont aucune idée malsaine.
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