Poème
Le Crêpe
La feuille du printemps que le zéphir effleure Et qu’un soleil ami dore de ses rayons, Est loin de se douter que bientôt viendra l’heure Où l’hiver l’étreindra dans ses froids tourbillons. De même trop souvent l’âme humaine se leurre, Sans voir le gouffre au bord duquel nous sommeillons, Jusqu’à ce qu’éveillé soudain, l’on saigne et pleure Sous la morsure, hélas ! de cuisants aiguillons. L’oiseau des jours sereins avait plié son aile Sur ma tente, où, croyant sa chanson éternelle, Des autans envieux je narguais la rigueur. Un jour on est venu mettre un crêpe à ma porte… Et depuis lors, Seigneur, ce crêpe je le porte Fixé par une épine au tréfond de mon cœur. (1902)
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