Poème
La vie des morts
Au poète Armand Silvestre. Lorsque la sombre croix sur nous sera plantée, La terre nous ayant tous deux ensevelis, Ton corps refleurira dans la neige des lys Et de ma chair naîtra la rose ensanglantée. Et la divine Mort que tes vers ont chantée, En son vol noir chargé de silence et d'oublis, Nous fera par le ciel, bercés d'un lent roulis, Vers des astres nouveaux une route enchantée. Et montant au soleil, en son vivant foyer Nos deux esprits iront se fondre et se noyer Dans la félicité des flammes éternelles ; Cependant que sacrant le poète et l'ami, La Gloire nous fera vivre à jamais parmi Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
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Lutin des carafes ---------------- La vigne du jardin, c’est lui qui l’a plantée En cette terre où sont trésors ensevelis ; Au printemps, chaque année, la belle fleur pâlit, Elle dont renaîtra la grappe ensanglantée. Et la douce boisson que mes vers ont chantée, Capable d’engendrer le silence et l’oubli, Il va nous l’apporter, marchant d’un lent roulis, Ayant dressé pour nous une table enchantée. Au fond de la bouteille est un vivant foyer Qui peut illuminer la table de noyer Dans la félicité des fêtes éternelles ; C’est encore meilleur avec quelques amis : Le pinard nous fera vivre à jamais parmi Les Ombres que Bacchus a faites fraternelles.
Boit-sans-soif ---------- Elle ne mange rien, la sorcière édentée, La sombre magicienne aux pouvoirs abolis ; Elle partage avec quelques démons salis Une épaisse potion qui semble ensanglantée. Visage de momie, chevelure argentée, Elle attend simplement de sombrer dans l’oubli ; Ce qu’il reste de vie dans ce corps affaibli, Elle en profite un peu, sans en être enchantée. Elle n’écoute plus le grillon du foyer Qui dans le lourd breuvage a failli se noyer ; Elle ne goûte plus sa simple ritournelle. Elle confond souvent les noms de ses amis, Ne sachant même plus lequel fut son promis ; Il lui reste, du vin, la saveur éternelle.
Lutin magicien ------------- Par des formules inventées Sont les obstacles abolis ; Les démons se montrent polis, La route est moins mal fréquentée. Formules dites ou chantées, Ce lutin les sort de l’oubli ; Il forge sur son établi Des machines à roues dentées. Sous les racines d’un noyer Il vit sans payer de loyer ; À la dryade il est fidèle. Quelques ondins sont ses amis, Ainsi que le vieux Saint Rémi ; Ce dernier lui sert de modèle.
(et la dryade s'appelle Vreuze).
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