Poème
La Trebbia
L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs. Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve Où l'escadron léger des Numides s'abreuve. Partout sonne l'appel clair des buccinateurs. Car malgré Scipion, les augures menteurs, La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve, Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve, A fait lever la hache et marcher les licteurs. Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres, A l'horizon, brûlaient les villages Insubres ; On entendait au loin barrir un éléphant. Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche, Hannibal écoutait, pensif et triomphant, Le piétinement sourd des légions en marche.
Commentaires (1)
Éléphant des montagnes ---------- Je respire un air pur, je vis sur les hauteurs, C’est de neige fondue que souvent je m’abreuve ; Mes pattes souplement sur les pentes se meuvent, Bien que je ne sois pas un animal sauteur. Les élégants dahus sont mes admirateurs, Afin de me complaire, ils font tout ce qu’ils peuvent ; J’en suis fort estimé, leur zèle en est la preuve, Je me prends à sourire à leurs propos flatteurs. Parfois à ce propos un poète élucubre, Il pense à haute voix, j’entends sa voix lugubre ; Cet homme ne lit pas dans mon coeur d’éléphant. J’aime mieux écouter la dame de Luzarches : Elle me rend visite avec ses trois enfants, En cette compagnie, sur les sentiers je marche.
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