Poème
La rose
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Je dirai la rose aux plis gracieux. La rose est le souffle embaumé des Dieux, Le plus cher souci des Muses divines. Je dirai ta gloire, ô charme des yeux, Ô fleur de Kypris, reine des collines ! Tu t'épanouis entre les beaux doigts De l'Aube écartant les ombres moroses ; L'air bleu devient rose, et roses les bois ; La bouche et le sein des Nymphes sont roses ! Heureuse la vierge aux bras arrondis Qui dans les halliers humides te cueille ! Heureux le front jeune où tu resplendis ! Heureuse la coupe où nage ta feuille ! Ruisselante encor du flot paternel, Quand de la mer bleue Aphrodite éclose Étincela nue aux clartés du ciel, La Terre jalouse enfanta la rose ; Et l'Olympe entier, d'amour transporté, Salua la fleur avec la Beauté !
Commentaires (1)
La rose est sans pourquoi, dit la métaphysique ; Sa raison pour fleurir est en sa floraison, Comme une oeuvre, un sonnet, un air, une chanson. C'est ainsi qu'une vie à soi-même s'explique. Puis viennent au jardin des fronts académiques Sur lesquels est inscrit « Principe de raison ». Ils composent alors des airs de leur façon, Avec beaucoup de mots et très peu de musique. Ils creusent la notion de raison suffisante Et font délibérer leur raison raisonnante Pour savoir si la rose est quelque chose, ou rien. La rose cependant meurt au jardin d'automne, Et sa mort guère plus que sa vie ne l'étonne, Ni que le regard froid des métaphysiciens.
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