Poème
L'épée
Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin. L'épée aux quillons droits d'où part la branche torse, Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force Est un faix plus léger qu'un rituel romain. Prends-la. L'Hercule d'or qui tiédit dans ta main, Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse, Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce, Les beaux muscles de fer de son corps surhumain. Brandis-la ! L'acier souple en bouquets d'étincelles Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles Qui font courir au coeur un orgueilleux frisson ; Car elle porte au creux de sa brillante gorge, Comme une noble Dame un joyau, le poinçon De Julian del Rey, le prince de la forge.
Commentaires (2)
Coq sylvestre --------------- Le coq sylvestre avance en un discret sentier, S’il est pris de fringale, il ronge des écorces, Les saveurs du printemps lui donnent de la force, Et s’il lance son cri, ce n’est pas à moitié. Car ce coq vagabond, ce courageux routier A déjà traversé la Sardaigne et la Corse, Il peut en être fier, il peut bomber le torse, Il remplit bien son rôle, il connaît son métier. Regarde son oeil noir où brille une étincelle ! Pareille flamme peut enflammer une oiselle, Faire naître en son cœur un langoureux frisson ; Surtout quand elle entend cet appel formidable : Au plus profond des bois résonne la chanson Du seigneur coq errant, vainqueur de tous les diables.
Coq sans nom ------------- Moi qui n’eus jamais de métier, Je n’ai pas gaspillé ma force ; Très tendre sous ma rude écorce, J’ai du coeur et de la pitié. Jamais je ne fus un routier, Jamais je n’ai chassé le morse ; Un son puissant sort de mon torse, Je chante avec mon corps entier. Mon esprit fait des étincelles, Ça fait applaudir les oiselles Qui jamais ne me disent non. Par un oubli fort regrettable, Je n’ai jamais reçu de nom ; Mais j’ai pour surnom « Redoutable ».
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