Poème
Je vis sourdre d'un roc une vive fontaine
Je vis sourdre d'un roc une vive fontaine, Claire comme cristal aux rayons du soleil, Et jaunissant au fond d'un sablon tout pareil A celui que Pactol roule parmi la plaine. Là semblait que nature et l'art eussent pris peine D'assembler en un lieu tous les plaisirs de l'oeil : Et là s'oyait un bruit incitant au sommeil, De cent accords plus doux que ceux d'une sirène. Les sièges et relais luisaient d'ivoire blanc, Et cent nymphes autour se tenaient flanc à flanc, Quand des monts plus prochains de faunes une suite En effroyables cris sur le lieu s'assembla, Qui de ses vilains pieds la belle onde troubla, Mit les sièges par terre et les nymphes en fuite.
Commentaires (1)
Le barde meurt de soif auprès de la fontaine, Puis il se désaltère aux rayons du soleil ; De l’eau, de la lumière, il trouve tout pareil, D’un plaisir inconnu son âme est soudain pleine. Entre lui et le monde il ne perçoit qu’à peine Une séparation; entre son sang vermeil Et ce qu’il vient de boire, entre veille et sommeil, Entre son propre chant et ceux de la sirène. De fines gouttes d’eau sur le pot de vin blanc Forment quelques ruisseaux qui en ornent les flancs, Transformant en joyau cette humble terre cuite... Un vent glacial se lève et nous chasse de là. Ce printemps dans l’automne a perdu son éclat, Cette étrange douceur a soudain pris la fuite.
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