Poème
Je ne veux pas ta vérité
par Anna de NOAILLES
Je ne veux pas ta vérité, Ta franchise, tes confidences; L'enchantement de t'écouter Est combattu par ma prudence; Car, si je connaissais vraiment Le charme profond qui t'isole, Je saurais les jours où tu mens, J'épierais le son des paroles, J'aurais cet exigeant instinct De te vouloir exact et probe, Je t'aimerais sans ce dédain Dont ma défiance s'enrobe, Je saurais ton signe sacré, Et qu'il est juste que je t'aime, Tandis que ton cœur ignoré Ne relève que de moi-même; Je ne veux pas, ô toi qui passes, M'attacher à tes purs loisirs, Ni te situer dans l'espace Autrement que par mon désir!
Commentaires (2)
Adam ne parle plus à Dieu Depuis qu'il a mangé la pomme ; Dans ce silence, il parvient mieux À cerner sa condition d'homme. Dieu, taciturne également, N'est point mécontent qu'on l'isole. Narrer une histoire qui ment Serait gaspiller sa parole. Homme et dieu ont compris, d'instinct, Que, pour que leur jeu reste probe, Il va falloir que, sans dédain, Chacun d'autonomie s'enrobe. Ne plus dire le nom sacré, Ne plus répondre à des "je t'aime" ; L'homme, se sachant ignoré, Peut faire des lois pour lui-même. C'est à ce prix qu'il se dépasse Au travail et dans ses loisirs, Qu'il devient maître de l'espace, De sa vie et de ses désirs.
[...] Dieu, taciturne également, N’est point mécontent qu’on l’isole. Narrer une histoire qui ment Serait gaspiller sa parole. [...]
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