Poème
Je n'ai jamais pensé que cette voûte ronde
Je n'ai jamais pensé que cette voûte ronde Couvrît rien de constant : mais je veux désormais, Je veux, mon cher Morel, croire plus que jamais Que dessous ce grand Tout rien ferme ne se fonde, Puisque celui qui fut de la terre et de l'onde Le tonnerre et l'effroi, las de porter le faix, Veut d'un cloître borner la grandeur de ses faits, Et pour servir à Dieu abandonner le monde. Mais quoi ? que dirons-nous de cet autre vieillard, Lequel ayant passé son âge plus gaillard Au service de Dieu, ores César imite ? Je ne sais qui des deux est le moins abusé : Mais je pense, Morel, qu'il est fort malaisé Que l'un soit bon guerrier, ni l'autre bon ermite.
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Porc d'azur -------------- Il se sent rassuré par sa bedaine ronde, Il n'aura plus l'idée de maigrir, désormais, Ce brave porc d'azur sourit plus que jamais Qui sur bons aliments sa corpulence fonde. Pas de plus beau bestiau sur la terre ou dans l’onde, Sa présence, toujours, fait son petit effet, Ce vieux cochon en a, dit-on, dans le buffet, C'est un noble animal, c'est un homme du monde. Gentil porc, quels seront tes plaisirs de vieillard? Vas-tu vivre ta vie comme un rude gaillard, Un pourceau d'Epicure, un héros qu'on imite ? Des mythes d'autrefois je ne suis abusé ; Te dire mes plaisirs, c'est un peu malaisé, Je n'en prends guère plus que n'en trouve un ermite.
Ambicochon serein ---------- Je suis très populaire à trois lieues à la ronde, Même la tavernière a dit qu’elle m’aimait ; J’approuve cet aveu, mieux vaut tard que jamais, J’irai voir plus souvent cette gentille blonde. Son âme délicate émet de bonnes ondes, Mon vieux coeur en ressent les rassurants effets ; Il va de mieux en mieux, tous les jours que Dieu fait, J’aime aussi son patron, le meilleur fils du monde. Les gens de cette ville ont pitié des vieillards ; Ceux qu’on prendrait parfois pour de rudes gaillards Sont pleins de bon vouloir, ils sont gens de mérite. Nous bavardons devant un verre de rosé ; Notre corps est un arbre, il faut bien l’arroser, Sans avoir, pour autant, des goûts de sybarite.
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