Poème
J'écoute dans la nuit
par Jules LAFORGUE
J'écoute dans la nuit rager le vent d'automne, Sous les toits gémissants combien de galetas Où des mourants songeurs que n'assiste personne Se retournant sans fin sur de vieux matelas Écoutent au dehors rager le vent d'automne. Sonne, sonne pour eux, vent éternel, ton glas ! Au plus chaud de mon lit moi je me pelotonne Oui! je ferme les yeux, je veux rêver, si las, Que je suis dans l'azur, au haut d'une colonne Seul, dans un blanc déluge éternel de lilas. Mais zut! j'entends encor rager ce vent d'automne. Messaline géante, oh! ne viendras-tu pas M'endormir sur tes seins d'un ron-ron monotone Pour m'emporter, bien loin, sur des grèves, là-bas Où l'on n'entend jamais jamais le vent d'automne.
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