Poème
Intérieur
par Paul VERLAINE
A grands plis sombres une ample tapisserie De haute lice, avec emphase descendrait Le long des quatre murs immenses d'un retrait Mystérieux où l'ombre au luxe se marie. Les meubles vieux, d'étoffe éclatante flétrie, Le lit entr'aperçu vague comme un regret, Tout aurait l'attitude et l'âge du secret, Et l'esprit se perdrait en quelque allégorie. Ni livres, ni tableaux, ni fleurs, ni clavecins ; Seule, à travers les fonds obscurs, sur des coussins, Une apparition bleue et blanche de femme Tristement sourirait - inquiétant témoin - Au lent écho d'un chant lointain d'épithalame, Dans une obsession de musc et de benjoin.
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La licorne, sortant de sa tapisserie, Au jardin du musée lentement descendrait, Dans lequel un conteur, se tenant en retrait, Méditerait une ode à la Vierge Marie. Respirant la puissance et nullement flétrie, N'ayant du Moyen Âge aucunement regret, La licorne parcourt un passage secret Aux murs ornés de mille et une allégories. Morgane au loin l'accueille au son du clavecin. Licorne et fée, ayant le flanc sur des coussins, Se font porter du thé par une jeune femme. Le conteur de cela ne fut pas le témoin, Au jardin composant quelques épithalames ; Un vers, par-ci par-là, n'en était pas bien joint.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/09/09/une-licorne-pour-verlaine/
Sagesse du hérisson ------------ J’aime le Portugal, j’aime la Bulgarie, Tous les jardins du monde ont pour moi des attraits ; Aux regards des humains, souvent, je me soustrais, Blasé de leur langage et de leurs singeries. Je parle avec mon frère ou avec ma chérie, L’un pour l’autre n’ayant pas le moindre secret ; Ou bien, nous échangeons quelques clins d’oeil discrets, N’exagérant jamais dans nos taquineries. Certains jours, nous dînons chez mon cousin, l’oursin ; Il sait nous proposer des aliments très sains, Il est plutôt beau gosse, il sait parler aux femmes. Il se moque de nous, ça ne va pas bien loin, Il s’en faut de beaucoup que le torchon ne crame ; Il respecte les gens, sa parenté, du moins.
* * * ---- Quand un hérisson Va dîner chez un oursin, Il apporte à boire.
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