Poème
Encore que l'on eût heureusement compris
Encore que l'on eût heureusement compris Et la doctrine grecque et la romaine ensemble, Si est-ce, Gohory, qu'ici, comme il me semble, On peut apprendre encor, tant soit-on bien appris. Non pour trouver ici de plus doctes écrits Que ceux que le français soigneusement assemble, Mais pour l'air plus subtil, qui doucement nous emble Ce qui est plus terrestre et lourd en nos esprits. Je ne sais quel démon de sa flamme divine Le moins parfait de nous purge, éprouve et affine, Lime le jugement et le rend plus subtil : Mais qui trop y demeure, il envoie en fumée De l'esprit trop purgé la force consumée, Et pour l'émoudre trop lui fait perdre le fil.
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Âne et lumière --------------- Il aime à réviser ce qu’il a bien appris, Et ce qu’il sait moins bien; il apprécie l’ensemble, Cet âne qui, sans doute, aux vieux sages ressemble, Car ce que l’on rumine est souvent mieux compris. Sa grande âme s’emplit des plus doctes écrits Qui dans son noble coeur fort plaisamment s’assemblent; Il sait les commenter, sa voix jamais ne tremble, Âne érudit, vraiment, quel fabuleux esprit ! As-tu capté un peu de la flamme divine ? Peux-tu tracer des mots, d’une écriture fine, Mûrir ton jugement et le rendre subtil ? Ou peut-être, ce goût te vient de la fumée D’une herbe de savoir, vivement consumée, Un chanvre savoureux qui fait perdre le fil.
Sagesse du chanvre ---------------- Cette feuille n’est pas un objet de mépris, Aristote et Platon la cueillirent ensemble ; Même le fier Socrate en parla, ce me semble, Qui d’un dur tribunal ne fut pas bien compris. Sur un sujet pareil, j’ai rarement écrit, Qui cependant les gens festivement rassemble ; On se met à planer, l’âme s’éveille et tremble, Le coeur n’écoute plus ce que lui dit l’esprit. As-tu goûté un peu de cette herbe divine ? As-tu donc fait l’essai de cette saveur fine ? Ne me dis pas que non, toi qui es si subtil. Castaneda décrit la petite fumée Par laquelle est vraiment la peine consumée, Et par laquelle aussi... mais, j’ai perdu le fil.
Au coin du feu ------- Une herbe magique Je la pose sur les braises, Vaste fumerie.
Assoupissement ------------ Ivres de fumée, Nous rêvons les uns des autres, Rêves emboîtés.
Trouble de l'éveil ------ Ces trois vieux rêveurs Qui s'éveillent, encore ivres, Sans rien reconnaître.
Fantôme d’une feuille ---------- Je plane en cette allée, n’en soyez pas surpris, Un fantôme je suis, une feuille je semble ; Le spectre-coq et moi, nous circulons ensemble Dans ce vaste jardin dont nous fûmes épris. Un fabuliste fit notre éloge (en sanscrit), Qui en seul cahier mille quatrains rassemble ; Il parle de l’automne et de mes soeurs qui tremblent, Et des bons jardiniers apaisant leur esprit. L’héraldiste parfois notre portrait dessine, En ces simples blasons des sonnets s’enracinent, Joliment commentés par des lecteurs subtils. Du grand feu de la vie nous sommes la fumée ; Souvent nous regrettons nos forces consumées Et de nos souvenirs se perd aussi le fil.
Métempsycose hasardeuse ---------- La feuille défunte S'étant incarnée en chèvre Mange sa famille.
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