Poème
Depuis que j'ai laissé mon naturel séjour
Depuis que j'ai laissé mon naturel séjour Pour venir où le Tibre aux flots tortus ondoie, Le ciel a vu trois fois par son oblique voie Recommencer son cours la grand lampe du jour. Mais j'ai si grand désir de me voir de retour Que ces trois ans me sont plus qu'un siège de Troie, Tant me tarde, Morel, que Paris je revoie, Et tant le ciel pour moi fait lentement son tour. Il fait son tour si lent, et me semble si morne, Si morne et si pesant, que le froid Capricorne Ne m'accourcit les jours, ni le Cancre les nuits. Voilà, mon cher Morel, combien le temps me dure Loin de France et de toi, et comment la nature Fait toute chose longue avecques mes ennuis.
Commentaires (4)
J'aime beaucoup ce sonnet, qui représente très bien le thème du temps qui passe.
Goupil-Argus ------------------- Il a dans un jardin son aimable séjour, Ce grand Goupil-Argus dont le plumage ondoie ; Il y traîne sa queue sur de petites voies, Sous le ciel que la lune orne au début du jour. L’été, dans ce domaine, est bientôt de retour, La flore est prolifique, et l’herbage verdoie, Les insectes sont gais, les oiseaux sont en joie, Sur la plus belle branche, ils chantent tour à tour. Or, le Goupil-Argus n’a qu’un langage morne : Non point l’appel puissant du boeuf aux belles cornes, Mais un soupir grinçant, un bien étrange bruit. Certains jours, il se dit qu’avec lui, la nature A pu, sous ce rapport, se montrer un peu dure ; Mais il n’y pense plus, lorsque revient la nuit.
Saint Matorel ----------------- Je crois que nous fêtons Saint Matorel, ce jour, Femme du charpentier, mets ton habit de soie ; Lui qui de l’oraison faisait sa douce joie, Ton fils, depuis longtemps, le garde en son amour. Il partit en exil, voyage sans retour, Là où survient la mort, là où l’espoir se noie ; Guère de charité là-bas ne se déploie, Ce lieu fut entouré de redoutables tour.s. Il n’a pas protesté contre cette fin morne, Son âme débordait d’indulgence sans bornes ; Et les nôtres peut-être en reçoivent les fruits. Il avait pour ami un maître de peinture, Lui qui fut un pionnier de la littérature ; Il crut à la lumière en plein coeur de la nuit.
Saint Matorel (retouche) ----------------- Je crois que nous fêtons Saint Matorel, ce jour, Femme du charpentier, mets ton habit de soie ; Lui qui de l’oraison faisait sa douce joie, Ton fils, depuis longtemps, le garde en son amour. Il partit en exil, voyage sans retour, Là où survient la mort, là où l’espoir se noie ; Guère de charité là-bas ne se déploie, Ce lieu fut entouré de redoutables tours. Il n’a pas protesté contre cette fin morne, Son âme débordait d’indulgence sans bornes ; Et les nôtres peut-être en reçoivent les fruits. Il avait pour ami un maître de peinture, Lui qui fut un pionnier de la littérature ; Il crut à la lumière en plein coeur de la nuit.
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