Poème
Concurrence
Là-haut gronde un orage. Le soleil plein de rage Semble s'extasier Dans un brasier. Le turbulent tonnerre Célèbre un centenaire Au milieu des éclairs Ardents et clairs. A quelle oeuvre inconnue Travaillent dans la nue Les Chérubins riants Des Orients? Ces faiseurs de poëmes Ouvrent, comme nous-mêmes, Une Exposition Dans leur Sion. On y vient du nocturne Sirius, de Saturne, De Vénus tout en feu Dans l'azur bleu, Et de l'ombre où fulgure, Détachant sa figure Dans l'éther de safran, Aldébaran. Le Berger des étoiles A dans ses larges toiles Emprisonné divers Grands univers. Là, tendant leurs échines, D'invincibles machines Font mouvoir les vermeils Coeurs des Soleils. Puis, des fontaines vives Dans leurs eaux convulsives Roulent des firmaments De diamants. La chevelure d'Eve Et sa bouche de rêve Les ont teintes de leurs Tendres couleurs, Et des jardins étranges Fleurissent, dont les Anges Ailés et triomphants Sont les Alphands. Là naissent, blancs et lisses, Ouvrant leurs purs calices Près des amaryllis, D'immenses lys, Et des roses farouches, Pareilles à des bouches Que tout baise à l'entour, Disent: Amour! Parmi l'or des fournaises Dansent des Javanaises Venant d'une Java Où nul ne va. Mille milliers de rimes S'éparpillent, sublimes, En un glorieux chant; Et se penchant Vers les grands téléphones, Hurlent des Tisiphones Et parlent en mots fins Les Séraphins. Dans la nue électrique, Dieu, puissamment lyrique, Lutte avec Edison A sa façon; Et de ses mains profondes, L'ingénieur des mondes Construit dans le plein ciel Sa Tour Eiffel! 9 juillet 1889.
Commentaires (3)
Le Créateur du monde À certains moments gronde Ainsi qu'un fier dragon Un peu bougon. Les diables lui répondent Sur cette longueur d'onde, Tapant sur leurs wagons Et leurs fourgons. Le Ciel produit des flammes. Plus d'un nuage crame Dans les éclairs ; Quelques grands volcans bavent Mille torrents de lave Jusqu'aux enfers.
Le seigneur des rouages ----------------------------- Il dessine des plans aux lueurs des chandelles, Son travail d’ingénieur est étrange pour moi ; Il rêve une machine, il écrit sans émoi Ce que nous permettra cette chose nouvelle. La critique envers lui jamais ne fut cruelle, Qui toujours le trouva chercheur de bon aloi ; Car de la mécanique il applique les lois Et pour son doux regard, les équations sont belles. Quand je fus un chercheur, je l’entendis souvent Passer d’un théorème à l’axiome suivant ; Par désir de comprendre, et non point de fortune. De ses beaux manuscrits, il donna la primeur Au rhapsode subtil, ami de l’imprimeur, Dont toujours il guettait la retouche opportune.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/16/petits-grondements/
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