Poème
Comte les ans, les mois, les heures et les jours...
Mespris de la vie et consolation contre la mort
Comte les ans, les mois, les heures et les jours Et les poins de ta vie, et me dis mal-habile, Où ils s’en sont allés comme l’ombre fragile Ils se sont escoulez sans espoir de retour. Nous mourons et nos jours roulent d’un viste cours L’un l’autre se poussans comme l’onde labile Qui ne retourne point, mais sa course mobile D’une mesme roideur precipite tousjours. Tousjours le tems s’enfuit et n’est point reparable Quand il est despensé en euvre dommageable, L’usant et consumant en travail superflus Nos jours ne sont sinon qu’une petite espace Qui vole comme vent, un messager qui passe Pour sa commission et ne retourne plus.
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Faire que chaque instant vibre, comme éternel ; Flotter au fil du vent comme au ciel un nuage, C'est de l'esprit humain le plus bel apanage Dont il fait profiter son compagnon charnel. Pas besoin pour cela de vieux calculs formels. Juste fixer les yeux sur une belle image, N'importe le format, portrait ou paysage, Et suspendre le temps est un jeu naturel. J'entends, tu me diras que c'est une illusion, L'homme dans l'éternel ne peut faire intrusion, Ce jeu n'arrête pas l'horloge meurtrière. Laissez-moi y plonger, malgré tout, mon esprit. Lorsqu'un homme médite, ou qu'il chante, ou qu'il rit, Son âme est hors du temps et de la fourmilière.
Oiseau-Boomerang ------------ C’est un oiseau magique, invisible en plein jour, À parcourir l’espace on dit qu’il est habile ; Il est fort délicat, mais il n’est pas fragile, À peine s’en va-t-il qu’on le voit de retour. Loin des lieux habités ses jours suivent leur cours, Il cherche son plaisir sans se faire de bile ; Cet habitant de l’air n’est jamais immobile, Vers d’autres horizons il s’éloigne toujours. La Fontaine sur lui n’écrivit nulle fable, N’ayant point observé son parcours ineffable ; Et nous le regrettons, ça nous aurait bien plu. Donne-toi du bon temps, passager de l’espace, Aucun observateur ne sait par où tu passes On te croit quelque part, pourtant tu n’y es plus.
Lenteur d’un messager ---------------------- Tu m’attendras deux ou trois jours, Car ma démarche est malhabile ; Je suis faible, je suis fragile, Moi qui ne vole ni ne cours. Même quand les trajets sont courts, Je les trouve un peu difficiles ; Même quand je suis immobile, Mon corps me paraît un peu lourd. Comme les animaux des fables, J’ai des sentiments ineffables ; Mais tu n’en as jamais rien su. J’ai peur du temps et de l’espace, J’ai peur de chaque ombre qui passe ; N’épiloguons pas là-dessus.
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