Poème
C'est l'hiver, le ciel semble un toit
par Anna de NOAILLES
C'est l'hiver, le ciel semble un toit D'ardoise froide et nébuleuse, Je suis moins triste et moins heureuse. Je ne suis plus ivre de toi! Je me sens restreinte et savante, Sans rêve, mais comprenant tout. Ta gentillesse décevante Me frappe, mais à faibles coups. Je sais ma force et je raisonne, Il me semble que mon amour Apporte un radieux secours À ta belle et triste personne. — Mais lorsque renaîtra l'été Avec ses souffles bleus et lisses, Quand la nature agitatrice Exigera la volupté, Ou le bonheur plus grand encore De dépasser ce brusque émoi, — Quand les jours chauds, brillants, sonores Prendront ton parti contre moi, Que ferai-je de mon courage À goûter cette heureuse mort Qu'au chaud velours de ton visage J'aborde, je bois et je mords?...
Commentaires (2)
L'archange de l'automne a vu son temps s'éteindre ; Il passe la consigne à l'hiver nouveau-né. L'humain va de l'avant. Ce primate obstiné Se risque encore un peu à souffrir sans se plaindre. Ayant perdu le cap, sa voile n'est pas moindre, Et ses calculs, pour être aux trois quarts erronés, Ne sont pas moins savants. Le soir, il est vanné, Titubant d'une allure impossible à dépeindre, Mais il parle toujours avec grande assurance, Car il sait qu'il sera jugé sur sa vaillance, Qu'importe si c'est par un tribunal pervers. Au-dessus de la mer planent des oiseaux tristes Et le vieux capitaine en son chemin persiste, Puisqu'une fois de plus, on entre dans l'hiver.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/10/revant-daccoster/
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