Poème
Cependant que tu dis ta Cassandre divine
Cependant que tu dis ta Cassandre divine, Les louanges du roi, et l'héritier d'Hector, Et ce Montmorency, notre français Nestor, Et que de sa faveur Henri t'estime digne : Je me promène seul sur la rive latine, La France regrettant, et regrettant encor Mes antiques amis, mon plus riche trésor, Et le plaisant séjour de ma terre angevine. Je regrette les bois, et les champs blondissants, Les vignes, les jardins, et les prés verdissants Que mon fleuve traverse : ici pour récompense Ne voyant que l'orgueil de ces monceaux pierreux, Où me tient attaché d'un espoir malheureux Ce que possède moins celui qui plus y pense.
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Inspiration fugitive --------------------- Le rhapsode, captant la lumière divine En songe, en a rempli son godet à ras bord ; Tel un pêcheur tirant, du torrent fier et fort, Les diamants qui feront sourire les ondines, Ou le navigateur, sous sa voile latine, Jusqu'au vaste estuaire accomplissant l'effort Qui lui fait regagner, chargé de son trésor, Les jardins familiers de la rive angevine. Mais que restera-t-il, dans le jour finissant, De ce soudain plaisir, de l'espoir languissant Qui, chaque jour, se veut sa propre récompense ? Rien, ces deux ou trois mots, cet ouvrage léger Qui traduit, malhabile, un émoi passager ; La faible vibration d'une plume qui pense.
Ambilibellule ---------------- Une ambilibellule est d’essence divine ; Et le nectar, pour elle, est servi à ras bord ; Nul archange des cieux n’est plus fier ni plus fort Que cet insecte ailé, qui charme les ondines. Elle maîtrise bien la grammaire latine, Paraphrasant Virgile et Phèdre sans effort ; Son antre souterrain regorge de trésors, Quelle-même a creusé dans la rive angevine. Elle aime à réciter, dans le jour finissant, D’un rhapsode inconnu, les sonnets languissants, Sans réclamer pour ça la moindre récompense. Depuis quatre mille ans, cet animal léger Est, au-dessus des eaux, des brises passager, Et c’est, dans tout son corps, la nature qui pense.
Quand les lions vont boire --------------------------- Au roi des animaux, les bouteilles divines Font éprouver la joie qu'ivresse on peut nommer ; Il vide les flacons, c'est sa façon d'aimer, Il boit plus que son frère, officier de marine. Des maîtres de vertu, la voix et la doctrine Face à cet animal se doivent désarmer ; Bacchus d'un tel disciple a le coeur enflammé Qui chante sa louange en sa vaste poitrine. Il a sa dignité, lui, ce n'est pas un porc, Il trinque à ses beaux jours, il boit aux coups du sort, Car les tire-bouchons sont faits pour qu'on s'en serve. Toujours un noble vin figure à son menu, D'Aquitaine tiré, de Bourgogne venu, Un nectar qui l'inspire et qui le met en verve.
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