Poème
Cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire
Cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire : Pour ce qu'en médisant on dit la vérité, Et louant, la faveur, ou bien l'autorité, Contre ce qu'on en croit, fait bien souvent écrire. Qu'il soit vrai, pris-tu onc tel plaisir d'ouïr lire Les louanges d'un prince ou de quelque cité, Qu'ouïr un Marc Antoine à mordre exercité Dire cent mille mots qui font mourir de rire ? S'il est donques permis, sans offense d'aucun, Des moeurs de notre temps deviser en commun, Quiconque me lira m'estime fol ou sage : Mais je crois qu'aujourd'hui tel pour sage est tenu, Qui ne serait rien moins que pour tel reconnu, Qui lui aurait ôté le masque du visage.
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--- Art poétique modeste --- ----------------------------------- Moi, j'aimerais ne plus jamais écrire en prose, Ne plus rien raconter sur tout ce qui est gris, Ne jamais mentionner ce qu'il y a de pourri : Que sur rime et beauté mes productions reposent. Que mon vers soit musique et soit un cri de joie, Que mes quatrains dansants expriment mes désirs, Et qu'ils soient traversés des aimables zéphyrs, Beaux comme s'ils étaient anges vêtus de soie. Que mon oeuvre montant comme une cathédrale Porte l'argent et l'or pour orner son sommet, Et que son fier élan ne s'arrête jamais, Rythmé par des pensées nobles et magistrales. Ainsi près du comptoir déclamait un buveur Dont les vers n'étaient point la moindre turpitude. Chaque jour d'en écrire il avait l'habitude, Etant un inutile et nébuleux rêveur. Un compagnon lui dit : « Mais, ton oeuvre est débile, Tu ne sais pas chanter ni faire des chansons, Tes récits prennent fin, tous, en queue de poisson, C'est dur à écouter, ton discours malhabile. » Du poète la voix quelque peu retomba : « Je ne suis pas très fort, je m'en suis rendu compte, Je fais ce que je peux et je n'en ai pas honte, Car je ne vois pas quoi faire d'autre, ici-bas. »
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