Poème
Bacchanale
Une brusque clameur épouvante le Gange. Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants, Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange. Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs Où près des reins rayés luisent des ventres blancs De léopards roulés dans la pourpre et la fange. Sur les corps convulsifs les fauves éblouis, Avec des grondements que prolonge un long râle, Flairent un sang plus rouge à travers l'or du hâle ; Mais le Dieu, s'enivrant à ces jeux inouïs, Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle Au mâle rugissant la hurlante femelle.
Commentaires (3)
Je reste sous l'effet de ce poème étrange. Je suis comme envoûté par son rythme un peu lent Et qui, dans sa lenteur, ne manque pas d'élan Ni de saveur mystique aux odeurs de vendange. * La grandeur des félins, l'immensité du Gange Les muscles pleins de vie et les souffles brûlants, J'en demeure ébloui comme d'un soleil blanc Reflété dans les eaux, la poussière et la fange. * Tigres dansant devant mon regard ébloui, Douceur de la femelle et puissance du mâle, Un homme, auprès de vous, qu'il serait triste et pâle, * Sauf, peut-être, un poète aux talents inouïs Qui dans son chant barbare entrelace et emmêle Les voix du grand félin et de l'agneau qui bêle.
(remplacer le premier "ébloui" par "aveuglé" pour éviter la répétition).
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/12/tigre-et-poete/
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