Poème
Azuré, faible, blessé
par Anna de NOAILLES
Azuré, faible, blessé Par le couteau de l'automne, L’été se meurt, affaissé Dans l’éther qui l'abandonne. C'est un jour étroit. — Refus D’opulence et de bien-être ! — Mon amour, toi qui ne fus Que tel que tu pouvais être, Sans rien au delà de toi, Sans effort contre toi-même, Sans ce frémissant émoi Dont s’accroît celui qui aime, Ce beau soir intelligent, Aux couleurs nettes et ternes, Ressemble à ton cœur d’argent ! Qui n'a ni chaleur ni cerne. — C'est un beau morceau pensant D’azur glacial et juste; Mais pour ce sang bondissant, Pour ce cœur vraiment auguste, Mais pour cet esprit royal Qui, disposant du mystère, Avait dans ton poing frugal le sceptre de la terre, Était-ce vraiment assez, Vraiment la comble mesure De ma bachique blessure, Ce pauvre amour que tu sais?
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