Poème
Art poétique
Je fis ce masque pour mes frères Avec l'or que j'avais volé (Dieu des chanteurs, ami sévère) A ma vieille sincérité. Que leurs dédains m'ont réjoui ! - Toute ma vie agenouillée. Un dieu s'y est épanoui Comme une rivière emportée. On peut revivre ! On peut se taire... Ô éternité sans recours Selon ta flamme solitaire Ma lyre a dit ce mot d'amour.
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Généalogie de papier ------------------------------ Poètes d'autrefois, mes frères, M'apprendriez-vous à voler ? Votre plume, aimable ou sévère, Aide la mienne à circuler. Que de trésors sont enfouis En vos oeuvres accumulées ! Le rire s'y épanouit Et le deuil, dont l'âme est brûlée. Ainsi qu'un loyal secrétaire, Sur vos écrits, je fais retour, Et, de ma plume solitaire, Y réponds un peu, chaque jour.
Porte-plume ------------------- Marchands de parchemin, mes frères, Votre renom n'est pas volé ; Ma plume, qui n'est pas sévère, Ne saurait le dissimuler. Des longs siècles évanouis Les paroles accumulées Font un herbier épanoui, Même si mainte herbe est brûlée. Plume, fais-moi leur secrétaire, Et que tes tracés sans retour, Dans ma cellule solitaire, M'accompagnent au fil des jours.
Saint Graphomane ------- Cet ermite se croit le transcripteur des mondes Et de son scriptorium n’ouvre pas les rideaux ; Son esprit, dérivant comme un léger radeau, Guide négligemment sa plume vagabonde. Il ne s’attarde point sur des choses profondes, Mais il peut commenter le babil d’un oiseau ; Il peut certes penser, mais pas plus qu’un roseau, Ses vers presque toujours à d’autres vers répondent. Aucun auteur ne craint qu’on marche sur ses pas ; L’hommage imitatif, ça ne le gêne pas, C’est comme rajouter une herbe au paysage. On peut le constater, ce graphomane est vieux, À peine pourra-t-il tracer quelques passages Et faire quelques pas, tranquille, sous les cieux.
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