Poème d’un membre
A celles et ceux qui l'ont déjà éprouvée
par PhulanKileMembre
Un cran passe. La ceinture se boucle un peu plus près du nombril. Les mains tremblantes exécutent, machinales, l'habituel du quotidien. Un peu plus machinales chaque jour, un peu plus lentes. Le port altier de la tête ferait presque oublier l'ombre planante des yeux -toujours beaux-fouillant le présent pour trouver la raison de se lever. Le cœur battant connaît déjà la journée. Une de plus, sous le masque ; une de plus à marquer du sceau infamant de la pauvreté Qu'est ce que cette idée ? La lutte pour la faim n'a pas été éradiquée. Il ne faut pas aller bien loin pour la sentir déjà renouvelée. Et s'il n'y avait que la faim... que ce serait bien! Ce n'est pas crever, c'est vivre comme un chien. Ce n'est pas de l'ascèse béatifiée, c'est de l'envie toujours brimée -réprimée. Ce n'est pas sentir un regard, c'est l'impossibilité de l'avouer sans pleurer Sensation plus que sentiment, humiliation quotidienne portée haut dans le cœur. Dignité, humilité. Les actes seront comptés. Je ne peux prendre ces choses à tous, je ne peux que les voir éprouvées ... en silence. Dans la solitude silencieuse de ce qui a été, ce qui est... et l'espoir de ce qui ne sera plus... pour soi d'abord, puis pour aucun autre. La beauté bleue du ciel se teinte de sensations déjà vécues, de la peur quotidienne pour l'autre dont je suis issu, pour moi, pour l'avenir inchangé du passé. Le voile revient toujours, plus vite, plus abrupt et cinglant. L'être Damoclès se poursuit jour après jour, nuit après nuit, colle à la peau comme la mélasse ou la boue, hideuse pégue que j'ai à l'esprit, au cœur et jusque dans le lit où les cauchemars succèdent aux insomnies. Où pousser des cris devient silence de voix cassées, où l'espoir toujours tangue sur le fil d'un équilibriste surdoué. 5 germinal 213
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