Poème
Vile potabis
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
(Études latines, VI) En mes coupes d'un prix modique Veux-tu tenter mon humble vin ? Je l'ai scellé dans l'urne Attique Au sortir du pressoir Sabin. Il est un peu rude et moderne ; Cécube, Calès ni Falerne Ne mûrissent dans mon cellier ; Mais les Muses me sont amies, Et les Muses font oublier Ta vigne dorée, ô Formies !
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Ton vin est, comme tu l'indiques, Humble, et non prétentieux et vain ; Mais je le trouve sympathique À boire au sortir de mon bain. J'en reprendrai sous les lanternes De ton jardin près des poternes, Tenant des propos familiers Sous la lune presque endormie. * C'est ce que veut un chevalier : Du bon vin, de belles amies.
Vigne autonome ------------- Cette vigne grandit selon sa fantaisie Dans un taillis obscur, près d’un arbre tombé ; Elle prend pour tuteur un branchage courbé Qui lui est favorable, et qu’elle remercie. Elle pousse en tous sens, comme une poésie, Comme des mots farceurs qu’on ne peut rattraper ; Son plaisir en ce monde est toujours d’échapper Aux règles du maintien, par les humains choisies. Je veux te ressembler, végétal inspiré ; Les paroles sans loi que j’ose murmurer S’envolent au hasard, sitôt qu’elles sont dites ; Mon papier, c’est de l’eau, ma plume est un roseau ; Car j’écris seulement pour répondre aux oiseaux Qui dans mon vert jardin leurs légendes récitent.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/11/25/vin/
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