Poème
Victoire
par Petrus BOREL
À P***. — … Votre amitié, madame ! A moi votre amitié… Alphonse Broy. Faites-moi revenir le cœur avec du vin ; faites-moi une couche de pommes, car je me pasme d’amour. La Bible. Allez-vous-en, monsieur, la nuit est avancée, La lune à notre ciel s’est soudain éclipsée ; Allez-vous-en, j’ai peur, le chemin est désert. Pourquoi rester encor ? Pars, va-t-en, à quoi sert ?… Oh ! ne m’accable plus de ce baiser frivole, Où notre amour renaît, où l’amitié s’envole ; J’y puise trop de feu ; tu manque à ton serment ; Tu devais être ami, te voilà presque amant ! Pars, va-t-en, il est tard ! — Non, non, ce ne peut être, Car mon être embrasé veut avoir un autre être ; Car longtemps j’attendis ; ne dis plus a demain. Tu me livres ton front, ton beau col et ta main, Puis il faut que, le cœur plein d’ardeur et de joie, Je caresse en enfant cette robe de soie : Non, ce n’est plus assez, non, je voudrais ton corps, Je le voudrais entier !… Vainement tu me mords. Point de cris, point de pleurs. — Monstre ! — Belle maîtresse : Rien que des pleurs de joie et des râles d’ivresse !…
Connecte-toi pour laisser un commentaire.