Poème
Vent nocturne
par Robert DESNOS
Sur la mer maritime se perdent les perdus Les morts meurent en chassant des chasseurs dansent en rond une ronde Dieux divins ! Hommes humains ! De mes doigts digitaux je déchire une cervelle cérébrale. Quelle angoissante angoisse Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus Cieux célestes terre terrestre Mais où est la terre céleste ?
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Dérive urbaine --------------------- La licorne est à Rome ainsi qu'au Labyrinthe ; Elle avait fui les champs qui grouillaient de chasseurs, Mais pour quitter la ville, aura-t-elle un passeur ? Elle suit les trottoirs, son coeur est plein de crainte. Elle foule à présent la terre vaticane Et c'est déjà le soir, l'heure entre chien et loup Qu'illustrent les exploits du Père Dupanloup. Licorne, méfie-toi, si tu vois sa soutane. La licorne soudain revoit son copain Pierre (Qu'elle avait fréquenté sous le nom de Merlin) ; Il trône en majesté aux monts capitolins... Sauf que ce n'est pas lui : c'est sa statue de pierre.
Déesse et démon ------------------ Démon-loup, déesse-licorne, Vous dansez au jardin qui s'orne D'un Arbre, et non pas d'une Croix ; Vous en délimitez les bornes.
Emplumé nocturne ----------- Lorsque la lune est pleine, Tu me vois, tu souris ; Je traque les souris, Leur âme est dans la peine. Leur défaite est certaine, Leurs espoirs sont taris ; Car plus d’une a péri, Tant pis pour ces vilaines. La vie n’est pas un jeu ; Tu t’en doutais un peu, Toi qui es philosophe. Ce n’est pas un roman, Ça n’en a pas l’étoffe ; On avance en ramant.
* * * ----- Un oiseau de nuit, Son insomnie quelquefois L'éveille en plein jour.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/04/06/derive-urbaine/
Sagesse nocturne -------------- J’erre dans un cosmos sans bornes, Je suis rarement à l’arrêt ; Je m’endors quand le jour paraît, À l’heure où chante la litorne. Ma sagesse n’a rien de morne, Je suis un seigneur des forêts ; Je suis plus savant qu’un goret Et presque autant qu’une licorne. Je suis à l’image de Dieu, Sauf que je suis beaucoup moins vieux, Lui qui devient dur de la feuille. Cet univers, c’est ma maison ; De l’admirer j’ai bien raison, Et tous les vivants qu’il accueille.
Vents contraires --------- Les vents sont changeants, quelquefois, Entre eux surgit la zizanie ; L’atmosphère a d’étranges lois, Fort instable est son harmonie. L’un veut le chaud, l’autre le froid, Car leurs forces sont désunies ; Ils font un peu n’importe quoi, La logique en semble bannie. Aucun vent ne suit nos désirs, Mais seulement son bon plaisir ; Ils s’expriment sans retenue. Aimons la pluie et le beau temps, Aimons les forces inconnues ; Que vive ce monde flottant !
no pasaran !!!
Ermitage ambulant ---------- Au hasard de la route j’erre, Le but sera ce qu’il sera ; Les besoins, Dieu y pourvoira, Ça ne nous préoccupe guère. Je découvre d’étranges terres Où jamais rien ne poussera ; Mais la sagesse y nourrira L’âme d’un moine solitaire. Aussi, qu’importent les dangers, Le Créateur est mon berger ; De nul mal je ne me tourmente. Les astres enchantent mes nuits, Ces témoins qui jamais ne mentent ; Ils montrent la voie, je la suis.
Voile dans le vent -------- La nef prend le vent quelquefois, Qui de sa voilure est munie ; Le vent nous propulse, et la foi, Et notre mâture bénie. Ce sont des mâts du meilleur bois, Venus des Provinces-Unies ; Notre reine en a fait le choix Au prix de quelques insomnies. Le vent, tu ne peux le saisir Et moins encore le choisir ; Et nous l’utilisons, pourtant. Il fait la pluie et le beau temps : Il s’enfle et puis il diminue, Presque plus rien, brise ténue.
Le vent s'en va.
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