Poème
Vache
par Paul ÉLUARD
Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux
Les Hommes et leurs animaux Adieu ! Vaches plus précieuses Que mille bouteilles de lait, Précieuses aux jeunes qui se marient Et dont la femme est jolie, Précieuses aux vieux avec leur canne Dont la richesse est chair, lait, terre, Précieuses à qui veut bien vivre De la nourriture ordinaire, Adieu !
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Tout au long d’un chemin, on voit avancer Jeanne, Une douce génisse allant à ses côtés. Le soleil verse au monde une étrange beauté ; Sur le sentier survient un vieux prêtre en soutane. Ils échangent des mots dans le matin diaphane, Jeanne au brave curé se met à raconter Que la vache aujourd’hui doit se faire monter ; Et le curé, pensif, regarde ses tatanes. Un reproche lui vient, mais il n’ose le dire, Car il voudrait le faire en gardant le sourire Et sans se comporter comme un triste blaireau. "Jeanne, j’ai, pour finir, un rappel à te faire, Cette tâche devrait revenir à ton père." "La vache, cependant, préfère le taureau".
Ambibovins ------------- L’ambitaureau est bleu, car l’ambivache est rose ; Leurs rapports sont un peu tirés par les cheveux, L’ambitaureau désire une ondine aux yeux bleus Et qu’en ondin le change une métempsycose. Il écrit à l’ondine en une rude prose ; Elle y est peu sensible, et lit un jour sur deux La pesante missive aux propos nuageux. L’animal, de cela, jamais ne s’indispose. Il aimerait sonner du cor au fond des bois ; Car du comte Roland il a vu la peinture Dont fut encouragée sa virile nature. L’ambivache, pourtant, lui parle quelquefois, Qui de ses fantaisies nullement ne s’irrite, Elle y voit tout au plus un ridicule rite.
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