Poème d’un membre
Ut ameris, amabilis esto
par AuriSacraFamesMembre
- " Regarde-moi ! Regarde-moi, et dis moi plutôt Ce que tu pensas voir dans mes yeux bleus tantôt. " - " Je le puis Madame, mais risque de vous déplaire Tant le tableau dressé vous sera amer. " - " Allons, ne plaisante pas, tu dirais qu'en somme Mon oeil n'est agréable à ceux d'un jeune homme ? Parle. Quel qu'oracle par ta bouche prononcé Je le sais vantant mon âme, ma taille ou mon nez. " - " Bien Madame, puisque vous l'exigeâtes Je vous dirai alors ce que vos yeux miroitent. " - " Voilà déjà un langage qui bien plus me plaît. " - " Ecoutez la suite, jugerez mieux quand fait. Je vis donc en premier, et c'est beau commencer Dans l'or de vos iris, océans embrasés, Un monde nouveau fait de heur et de lys Où les rêves se buvaient à même leur calice Vous saviez d'un geste rendre jalouses les fleurs; Rose ! tu pâlis dans l'ombre et dans l'ombre tu meurs De celle dont le dessin, du soleil projeté Fit naître le poète et vivre la clarté ! Ô Muse ! Vous saviez que votre silhouette Par mille soins entrenue resterait parfaite Vous parliez de votre nez, de vos hanches, Parler de tout ce vers quoi le sublime penche ? Je ne puis. Mais vous savez que Physionomie Jamais que par vous tel hommage ne se fit. Vous décrire la grâce, disserter du beau ? Inutile Madame : vous vous vîtes dans l'eau Il y a bien des années et n'avez eu depuis De cesse d'admirer tous vos charmes exquis. Pardonnez-moi de clore le sinistre tableau Qu'avec peine je peignis, et dont le fardeau Pèsera désormais sous la nuque du Beau. " - " Allons ! Es-tu sot ? Ou dis quel sombre secret Derrière tel discours bien se cacher pourrait ! Allons ! Tu es maladroit, je te l'accorde Mais enfin tu es jeune, et pas tout à fait homme ! Tes vers un peu simples, tes lèvres hésitantes, Ne sauraient en mon coeur ouvrir plaie béante. " - " Votre esprit est donc sourd ? Je ne vis pas d'Amour."
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