Poème
Un coucher de soleil
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Sur la côte d'un beau pays, Par delà les flots Pacifiques, Deux hauts palmiers épanouis Bercent leurs palmes magnifiques. À leur ombre, tel qu'un Nabab Qui, vers midi, rêve et repose, Dort un grand tigre du Pendj-Ab, Allongé sur le sable rose ; Et, le long des fûts lumineux, Comme au paradis des genèses, Deux serpents enroulent leurs noeuds Dans une spirale de braises. Auprès, un golfe de satin, Où le feuillage se reflète, Baigne un vieux palais byzantin De brique rouge et violette. Puis, des cygnes noirs, par milliers, L'aile ouverte au vent qui s'y joue, Ourlent, au bas des escaliers, L'eau diaphane avec leur proue. L'horizon est immense et pur ; À peine voit-on, aux cieux calmes, Descendre et monter dans l'azur La palpitation des palmes. Mais voici qu'au couchant vermeil L'oiseau Rok s'enlève, écarlate : Dans son bec il tient le soleil, Et des foudres dans chaque patte. Sur le poitrail du vieil oiseau, Qui fume, pétille et s'embrase, L'astre coule et fait un ruisseau Couleur d'or, d'ambre et de topaze. Niagara resplendissant, Ce fleuve s'écroule aux nuées, Et rejaillit en y laissant Des écumes d'éclairs trouées. Soudain le géant Orion, Ou quelque sagittaire antique, Du côté du septentrion Dresse sa stature athlétique. Le Chasseur tend son arc de fer Tout rouge au sortir de la forge, Et, faisant un pas sur la mer, Transperce le Rok à la gorge. D'un coup d'aile l'oiseau sanglant S'enfonce à travers l'étendue ; Et le soleil tombe en brûlant, Et brise sa masse éperdue. Alors des volutes de feu Dévorent d'immenses prairies, S'élancent, et, du zénith bleu, Pleuvent en flots de pierreries. Sur la face du ciel mouvant Gisent de flamboyants décombres ; Un dernier jet exhale au vent Des tourbillons de pourpre et d'ombres ; Et, se dilantant par bonds lourds, Muette, sinistre, profonde, La nuit traîne son noirs velours Sur la solitude du monde
Commentaires (3)
Porte-drapeau -------------------- Il représente son pays, Ce porte-drapeau pacifique ; Sous son casque est épanoui Son minois doux et magnifique. Quand il trône, tel qu'un nabab Qui sous un baobab repose, On dirait qu'un air de rebab Vient adoucir son teint de rose ; Mais, quand ses yeux sont lumineux, Que de guerre il porte genèse, C'est un effroi vertigineux Que produit son regard de braise.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2016/09/28/porte-drapeau/
Attention au dernier quatrain : dilatant et non dilantant noir velours et non noirs velours
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