Poème
Ténèbres
par Émile NELLIGAN
Émile Nelligan et son œuvre - Tristia
La tristesse a jeté sur mon coeur ses longs voiles Et les croassements de ses corbeaux latents ; Et je rêve toujours au vaisseau des vingt ans, Depuis qu'il a sombré dans la mer des Étoiles. Oh ! quand pourrais-je encor comme des crucifix Étreindre entre mes doigts les chères paix anciennes, Dont je n'entends jamais les voix musiciennes Monter dans tout le trouble où je geins, où je vis ? Et je voudrais rêver longuement, l'âme entière, Sous les cyprès de mort, au coin du cimetière Où gît ma belle enfance au glacial tombeau. Mais je ne pourrai plus ; je sens des bras funèbres M'asservir au Réel, dont le fumeux flambeau Embrase au fond des Nuits mes bizarres Ténèbres !
Commentaires (1)
Astronomie approximative --------------------------------- Par un soir printanier, les astres se dévoilent ; Leur parcours entamé depuis la nuit des temps, Porteur d'étonnements, et régulier pourtant, Semble un curieux dessin sur une sombre toile. La lune et le soleil, et des milliards d'étoiles, Comme un champs de bataille aux brillants combattants, Un échiquier magique aux reflets éclatants, Un océan splendide aux lumineuses voiles. Rimbaud voulait tisser, avec des chaînes d'or, Un grand réseau cosmique allant de port en port ; J'ai, plus modestement, chanté cette matière Dont se parent les cieux, ce précieux ornement Qui, sous nos yeux ravis, défile au firmament : C'est la nuit qu'il est beau d'observer la lumière.
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