Poème
Sur une signature de Marie Stuart
par Anatole FRANCE
À Etienne Charavay. Cette relique exhale un parfum d'élégie, Car la reine d'Ecosse, aux lèvres de carmin, Qui récitait Ronsard et le missel romain, Y mit en la touchant un peu de sa magie. La reine blonde, avec sa fragile énergie, Signa Marie au bas de ce vieux parchemin. Et le feuillet heureux a tiédi sous la main Que bleuissait un sang fier et prompt à l'orgie. Là de merveilleux doigts de femme sont passés, Tout empreints du parfum des cheveux caressés Dans le royal orgueil d'un sanglant adultère. J’y retrouve l’odeur et les reflets rosés De ces doigts aujourd'hui muets, décomposés, Changés peut-être en fleurs dans un champ solitaire. 1868.
Commentaires (2)
Au portraitiste de la reine ----------------------------- Peintre, fais une image en forme d'élégie : Soigne donc le tracé du sourire carmin, Sois recueilli comme est un évêque romain, Ajoute, si tu veux, ta touche de magie. Peintre, n'hésite pas, brosse avec énergie La toile qui vaut mieux que plus d'un parchemin ; Et que soit cependant pacifique ta main, Comme un roi reste calme au milieu d'une orgie. Quand d'innombrables ans auront fui et passé, Les foules croiront voir ton pinceau caresser Ce portrait dans lequel on ne voit rien d'austère ; Ce visage qui fut de larmes arrosé Après de longues nuits, dans les matins rosés, Peintre, tu as capté son émouvant mystère.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/12/19/au-portraitiste-de-la-reine/
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