Poème
Sur un miroir
par Charles CROS
Toutes les fois, miroir, que tu lui serviras A se mettre du noir aux yeux ou sur sa joue La poudre parfumée, ou bien dans une moue Charmante, son carmin aux lèvres, tu diras: « Je dormais reflétant les vers, que sur l'ivoire Il écrivit... 1 Pourquoi de vos yeux de velours, De votre chair, de vos lèvres, par ces atours, Rendre plus éclatante encore la victoire? » Alors, si tu surprends quelque regard pervers, Si de l'amour présent elle est distraite ou lasse, Brise-toi,"mais ne lui sers pas, petite glace, A s'orner pour un autre, en riant de mes vers.
Commentaires (1)
Le miroir se regarde au feu de la chandelle. Il s'inquiète du jour finissant et filant Si précipitamment, en ayant l'air si lent. Il reconnaît pourtant que la journée fut belle. * Ce qu'elle a de plus beau, c'est qu'elle est sans nouvelles, Nul n'aura le besoin d'en faire le bilan. D'où vient ce sentiment, tracas obnubilant, Fantôme du reflet d'une angoisse éternelle ? * Le grand salon l'ignore, et, tranquille et dispos, Dans le soir ténébreux se prépare au repos. Le miroir garde en lui cette crainte accroupie, * Envers qui la chandelle a montré du dédain. Allons, faut vivre avec, ça ira mieux demain, Obscures sont parfois les choses de la vie.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.