Poème
Sur un éventail
par Charles CROS
Sonnet J'écris ici ces vers pour que, le soir, songeant A tous les rêves bleus que font les demoiselles, Vous laissiez sur vos yeux, placides lacs d'argent, Tournoyer ma pensée et s'y mouiller les ailes. Peut-être, près de vous assis, se rengorgeant, Quelque beau cavalier vous dit des choses telles, Qu'à votre indifférence une fois dérogeant Vous laisseriez faiblir vos froideurs immortelles. Mais sur votre éventail, voici que par hasard Incertain et distrait tombe votre regard ; Et vous lisez mes vers dont pâlit l'écriture, Oh ! ne l'écoutez pas celui qui veut ployer Votre divinité froide aux soins du foyer Et faire de Diane une bourgeoise obscure !
Commentaires (2)
Ouais, on écrit ça sur les éventails des belles et on finit pauvre, alcoolique, poète maudit. Témoins Cros lui-même, Verlaine, Musset...
Assis au bord de l'eau, je compose un sonnet Directement au dos d'une carte postale ; J'enverrai cette fleur à quatorze pétales A une amie de coeur qu'au lointain je connais. Ce serait un haïku, si j'étais japonais ; Illettré, ce seraient trois fleurs sentimentales. Car, puisqu'ils n'avaient point même langue natale, Homère un autre chant que Virgile entonnait. Boîte aux lettres, quand tu détiendras ce courrier, Que vienne le postier, sans se faire prier, Le prendre et le porter où vit ma douce amie. Facteur, quand tu verras la belle en son château, Donne-lui mon écrit tracé au bord de l'eau, Puisqu'il contient mon coeur, mes soupirs et ma vie.
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