Poème
Sur le ballet du Roi pour Monseigneur le duc de Montmorency
Œuvres poétiques - Seconde partie
Celle pour qui je veux mourir, Me fait un mal si favorable, Que si l'on me venait guérir, On me rendrait bien misérable. Un roi pour des tourments si doux, Quitterait toutes ses délices, Et me voyant serait jaloux De mes fers et de mes supplices. Aussi pour mieux favoriser Le divin secret de ma flamme, Mon front s'est voulu déguiser De peur de découvrir mon âme. C'est ainsi que le roi des dieux, Piqué de quelque beau visage, Prenait en devalant des cieux, Toujours un masque à son usage, Et déguisant sa majesté Pour complaire à sa frénésie, Il avait pour chaque beauté Une forme à sa fantaisie. Pour moi, si mes vœux avaient lieu, On verrait ma figure humaine Bientôt se changer en un dieu, Non pas pour souffrir moins de peine, Mais plutôt pour savoir ainsi Conserver le mal qui me presse, Et pour être plus digne aussi De l'amitié d'une déesse. Plût au Ciel qu'un jour seulement Jupiter m'eût donné sa face Et qu'il voulût pour un moment Me laisser régner en sa place! J'ordonnerais que les autels Que par tout l'univers on dresse Pour les dieux ou pour les mortels Ne seraient que pour ma maîtresse. Le temps, serf de ses volontés, Comme moi lui rendant hommage, Laisserait vivre ses beautés Sans leur faire jamais d'outrage. Je commanderais aux zéphyrs De produire une fleur nouvelle, Toute de flamme et de soupirs Où je serais peint avec elle. Quelque si cher contentement Dont Jupiter nous fasse envie, La terre serait l'élément Où nous voudrions passer la vie. Paris serait notre séjour, Et dans cette joie infinie, Rien que moi, la paix et l'amour, Ne serait en sa compagnie.
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