Poème
Spleen : Je suis comme le roi d'un pays pluvieux
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux, Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes. Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade ; Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau, Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d'impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu De son être extirper l'élément corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.
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Sa Majesté d’Azur ----------------- Du roi, l’allure est noble, et n’est jamais hautaine. Il a l’air avenant sous sa couronne d’or, Sa démarche, dit-on, n’est jamais incertaine ; Son royaume s’étend jusqu’aux rives d’Armor. Il règne sur un monde où grandissent les chênes, Où l’aigle, son cousin, souvent prend son essor ; Le roi est déjà vieux, mais il est toujours fort, Et bien rouge le sang qui circule en ses veines. Son crâne de monarque est plein de souvenirs, Il a vu ses sujets qui dressaient des menhirs, Ses rêves, dans la nuit, sont peuplés de légendes. Le printemps reviendra pour son parc embaumer, Dans la brise de l’est il ira pour humer Le vent de liberté qui surgit de la lande.
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