Poème
Source
par Marie NOËL
Les autres sont des gens, Les autres sont des femmes, Les mains pleines d’argent, Pleine de bonheur, l’âme. Moi, je suis dans le bois Qui ne sait, une Source, Je suis l’Eau que ne boit Personne dans sa course. Je suis l’Eau qui jaillit De l’ombre. La tendresse Qu’au secret des taillis Emporte sa détresse. L’Eau née avant le jour, Pour qu’au sec de la terre, À son limpide amour Un coeur se désaltère. L’Eau pâle qui, plus tard Que le soir coule encore. L’Eau de pauvre regard Dont chaque larme implore. Je suis l’Eau d’aujourd’hui Et demain qui ruisselle Pour rejoindre celui Qui n’a pas besoin d’elle. Je suis l’Eau qui se perd, En vain vive, en vain pure, En vain bonne, à travers De trop seules verdures. Je suis celle qui court Pour qu’enfin son Eau meure, La Source qui toujours Aura soif et qui pleure.
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Source magique --------------- Ici débute un flot modeste, Plus vif au printemps qu’en été ; D’une amphore il est projeté, Ce courant frais, rapide et leste. On dit que la Dame Céleste Ce vrai prodige a concocté ; C’est ce que l’on m’a rapporté Chez le tavernier, Maître Alceste. Cette eau, qui ne sert presque à rien, De l’entendre me fait du bien ; C’est comme des murmures d’anges. Bien-être que j’aime éprouver, C’est mon âme qui boit et mange Dans un paradis retrouvé.
Fleur pure -------- J’entends une muse modeste S’interrogeant sur sa beauté ; Une eau douce, dans sa clarté, Reflète son timide geste. Son âme est une fleur céleste, Elle grandit en liberté ; Même en des lieux mal fréquentés, Sa pureté se manifeste. La beauté, ça tient à des riens, Toutes les fleurs le savent bien, Et les licornes et les anges. Même un vieux démon réprouvé Conserve encore un charme étrange, Un parfum de temps retrouvé.
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