Poème
Sonnet à Mme S. de F.
par Charles CROS
A Madame S. de F. A travers la forêt des spontanéités, Ecartant les taillis, courant par les clairières, Et cherchant dans l'émoi des soifs aventurières L'oubli des paradis pour un instant quittés, Inquiète, cheveux flottants, yeux agités, Vous allez et cueillez des plantes singulières, Pour parfumer l'air fade et pour cacher les pierres De la prison terrestre où nous sommes jetés. Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées, Vous vous ressouvenez de l'idéal lointain, Et leur éclat, devant ce souvenir, s'éteint. Alors l'ennui vous prend. Vos mains inoccupées Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent. Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.
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Isard bizarre ------------- Voici l’isard bizarre, il faut s’en abriter, Car il a vite fait de franchir la clairière ; On le trouve souvent dans une humeur guerrière, Et son goût des combats ne l’a jamais quitté. Voici ses commensaux, monstres de qualité. Chacun d’eux est muni de vertus singulières ; Plusieurs furent bénis par Saint Paul et Saint Pierre, Monstres d’or et d’argent, nobles célébrités. Après quelques instants, leur bruit se fait lointain, Vers le fond du décor, leur image s’éteint, Et plus rien ne paraît de leur foule attroupée. L’isard est de retour, c’est sûr, le jour suivant ; Mieux que ça, certains soirs, il chante dans le vent Du Leconte de Lisle, et du François Coppée.
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