Poème
Sol de Compiègne
par Robert DESNOS
Ce cœur qui haïssait la guerre
CHŒUR (très pressé et comme se chevauchant) Craie et silex et herbe et craie et silex Et silex et poussière et craie et silex Herbe, herbe et silex et craie, silex et craie (ralenti) Silex, silex et craie Et craie et silex Et craie... UNE VOIX Quelque part entre l’Hay-les-Roses Et Bourg-la-Reine et Antony Entre les roses de l’Hay Entre Clamart et Antony CHŒUR (très rythmé) Craie et silex — craie et silex Et craie Et silex et craie et silex et craie Et silex UNE VOIX Entre les roses de l’Hay Et les arbres de Clamart Avez-vous vu la sirène La sirène d’Antony Qui chantait à Bourg-la-Reine Et qui chante encore à Fresnes. CHŒUR Sol de Compiègne ! Terre grasse et cependant stérile Terre de silex et de craie Dans ta chair Nous marquons l’empreinte de nos semelles Pour qu’un jour la pluie de printemps S’y repose comme l’œil d’un oiseau Et reflète le ciel, le ciel de Compiègne Avec tes images et tes astres Lourd de souvenirs et de rêves Plus dur que le silex Plus docile que la craie sous le couteau UNE VOIX À Paris près de Bourg-la-Reine J’ai laisse seules mes amours Ah ! que les bercent les sirènes Je dors tranquille, oh ! mes amours Et je cueille, à l’Hay, les roses Que je vous porterai un jour Alourdies de parfums et de rêves Et, comme vos paupières, écloses Au clair soleil d’une vie moins brève Pleine d’éclairs comme un silex, Lumineuse comme la craie CHŒUR (alterné) Et craie et silex et silex et craie Sol de Compiègne ! Sol fait pour la marche Et la longue station des arbres, Sol de Compiègne ! Pareil à tous les sols du monde, Sol de Compiègne ! Un jour nous secouerons notre poussière Sur ta poussière Et nous partirons en chantant. UNE VOIX Nous partirons en chantant En chantant vers nos amours La vie est brève et bref le temps. AUTRE VOIX Rien n’est plus beau que nos amours AUTRE VOIX Nous laisserons notre poussière Dans la poussière de Compiègne (scandé) Et nous emporterons nos amours Nos amours qu’il nous en souvienne CHŒUR Qu’il nous en souvienne.
Commentaires (1)
J’ai fait étudier ce poème à mes élèves.
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