Poème
Si tu me payes un verre...
par Bernard DIMEY
Si tu me payes un verre, je n’te demand’rai pas Où tu vas, d’où tu viens, si tu sors de cabane, Si ta femme est jolie ou si tu n’en as pas, Si tu traînes tout seul avec un coeur en panne. Je ne te dirai rien, je te contemplerai. Nous dirons quelques mots en prenant nos distances, Nous viderons nos verres et je repartirai Avec un peu de toi pour meubler mon silence. Si tu me payes un verre, tu pourras si tu veux Me raconter ta vie, en faire une épopée En faire un opéra... J’entrerai dans ton jeu Je saurai sans effort me mettre à ta portée Je réinventerai des sourir’ de gamin J’en ferai des bouquets, j’en ferai des guirlandes Je te les offrirai en te serrant la main Il ne te reste plus qu’à passer la commande Si tu me payes un verre, que j’aie très soif ou pas, Je te regarderai comme on regarde un frère, Un peu comme le Christ à son dernier repas. Comme lui je dirai deux vérités premières : Il faut savoir s’aimer malgré la gueul’ qu’on a Et ne jamais juger le bon ni la canaille. Si tu me payes un verre, je ne t’en voudrai pas De n’être rien du tout... Je ne suis rien qui vaille ! Si tu me payes un verre, on ira jusqu’au bout, Tu seras mon ami au moins quelques secondes. Nous referons le monde, oscillants mais debout, Heureux de découvrir que si la terre est ronde On est aussi ronds qu’elle et qu’on s’en porte bien. Tu cherchais dans la foule une voix qui réponde, Alors, paye ton verre et je paierai le mien, Nous serons les cocus les plus heureux du monde.
Commentaires (1)
Bar de Dimey ------------ Quand Dimey prend un verre, il en fait des chansons, Que ce pot soit servi par une tavernière Ou par la blanche main d'un gracile échanson Qui semble frais éclos de la saison dernière. Quand Dimey prend un verre, il nous refait le monde Mais en vachement mieux, avec de beaux décors, Et puis des habitants qui sont bien dans leur corps, De beaux oiseaux planant sur la terre et sur l'onde. Il retrouve les clés (au fond de son godet) Pour entrer au jardin où fut l'arbre magique ; Dis-nous que, toi aussi, tu en es nostalqique... Encore un coup, patron, un coup de muscadet !
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