Poème
Si calme la peau grise éteinte calcinée
par Paul ÉLUARD
Si calme la peau grise éteinte calcinée Faible de la nuit prise dans ses fleurs de givre Elle n’a plus de la lumière que les formes. Amoureuse cela lui va bien d’être belle Elle n’attend pas le printemps. La fatigue la nuit le repos le silence Tout un monde vivant entre des astres morts La confiance dans la durée Elle est toujours visible quand elle aime.
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Cavalier d'argent ----------------------- Le cavalier d'argent songe à sa destinée ; Il s'arrête un instant sur la plaine sans fleurs Pour entendre les cris des oiseaux querelleurs, Et voir au loin fumer les humbles cheminées. Le monde est-il vivant ? Les astres sont-ils morts ? Le cavalier médite, et compose un poème Célébrant derechef la bergère qu'il aime ; Les mots de sa chanson volent au vent du Nord. Le cheval, cependant, guette les horizons, Immobile et paisible, observant le silence, Respirant la douceur de la plaine de France, Ce noble destrier, plein d'usage et raison.
Feuille de gueules ---------- La tache rouge auprès d’un mur de pierre grise Est une feuille morte à la vive couleur ; Nous la voyons, songeuse et calme dans la brise, Elle qui ne pourra voir le retour des fleurs. Nous ne comprenons point ce que les feuilles disent, Elles dont les propos ne sont pas sans valeur ; Et vous n’y trouverez jamais de paillardise, Car bien peu d’âmes sont plus pures que les leurs. La jeune feuille pousse, et ça nous émerveille, En la voyant venir le printemps se réveille ; Sa couleur de sinople, elle dit notre espoir. Les feuilles par milliers sont sur cet arbre immense, Le soleil les caresse et la vie recommence, Dont le grand coeur battra quand le ciel sera noir.
Terne feuille ------------ Voici la feuille grise Qui dort auprès du puits ; Loin de l’arbre elle a fui Dont elle fut éprise. L’air chantonne sans bruit, Le jour est sans surprises ; La fraîcheur de la brise Précèdera la nuit. Au lointain sonne l’heure ; Dans ma vieille demeure Il ne s’est rien passé. Les morts au cimetière Ne peuvent s’enlacer, Ni soulever leur pierre.
Une lectrice préfère « sans surprise » au singulier...
Grenouille grise ----------------- Je ne suis rose ni bleutée, Moi qui n’ai rien d’éblouissant ; Mon teint n’est pas trop ravissant, C’est de la grisaille floutée. Ma grise mare est habitée Par quelques poissons languissants ; Je vois leurs corps se flétrissant D’une misère imméritée. Je rêve en attendant la mort, N’ayant guère soin de mon corps ; Ma vie fut une triste fable. Les ans sont courts, les jours sont longs, Mon coeur semble être fait de plomb ; Je meurs de langueur ineffable.
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