Poème
Révolte
par Léon DIERX
Car les bois ont aussi leurs jours d’ennui hautain ; Et, las de tordre au vent leurs grands bras séculaires ; S’enveloppent alors d’immobiles colères ; Et leur mépris muet insulte leur destin. Ni chevreuils, ni ramiers chanteurs, ni sources claires. La forêt ne veut plus sourire au vieux matin, Et, refoulant la vie aux plaines du lointain, Semble arborer l’orgueil des douleurs sans salaires. — Ô bois ! Premiers enfants de la terre, grands bois ! Moi, dont l’âme en votre âme habite et vous contemple, Je sens les piliers prêts à maudire le temple. Un jour, demain peut-être, arbres aux longs abois ! Quand le banal printemps ramènera nos fêtes, Tous, vous resterez noirs, des racines aux faîtes !
Commentaires (2)
Les correspondances baudelairiennes ne sont guère loin :-)
Célébration dionysiaque -------------------------- «Le vin est un trésor», dit un auteur latin Dont je répète ici les propos séculaires ; Il apaise le coeur, il endort la colère, Il nous réconcilie avec notre destin. Il est certes plaisant de boire de l’eau claire Ou du café bien fort, dans le petit matin ; Mais, dès que le soleil rougit dans le lointain, C’est, sans comparaison, le vin qui doit nous plaire. Au lieu de tant parler, prends donc ton verre, et bois ; Hermès t’a sous sa garde et Bacchus te contemple, Ces dieux sont amicaux, la taverne est leur temple. Tavernier, viens servir les buveurs aux abois, Que la plus douce ivresse accompagne leurs fêtes; Ainsi nous l’ont prescrit le barde et le prophète.
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