Poème
Requies
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Comme un morne exilé, loin de ceux que j'aimais, Je m'éloigne à pas lents des beaux jours de ma vie, Du pays enchanté qu'on ne revoit jamais. Sur la haute colline où la route dévie Je m'arrête, et vois fuir à l'horizon dormant Ma dernière espérance, et pleure amèrement. O malheureux ! crois-en ta muette détresse : Rien ne refleurira, ton coeur ni ta jeunesse, Au souvenir cruel de tes félicités. Tourne plutôt les yeux vers l'angoisse nouvelle, Et laisse retomber dans leur nuit éternelle L'amour et le bonheur que tu n'as point goûtés. Le temps n'a pas tenu ses promesses divines. Tes yeux ne verront point reverdir tes ruines ; Livre leur cendre morte au souffle de l'oubli. Endors-toi sans tarder en ton repos suprême, Et souviens-toi, vivant dans l'ombre enseveli, Qu'il n'est plus dans ce monde un seul être qui t'aime. La vie est ainsi faite, il nous la faut subir. Le faible souffre et pleure, et l'insensé s'irrite ; Mais le plus sage en rit, sachant qu'il doit mourir. Rentre au tombeau muet où l'homme enfin s'abrite, Et là, sans nul souci de la terre et du ciel, Repose, ô malheureux, pour le temps éternel !
Commentaires (2)
Un doux vieillard, des filles qu'il aimait, Quelques courriers garda toute sa vie. Tendres minois qu'il ne revit jamais, Doux souvenir d'un geste qui dévie, Charmant regard qu'on revoit en dormant : Cette chanson en parle sobrement. C'est sur un air de Leconte de Lisle Que fut construit ce bout-rimé débile. Que le vieux Maître en soit félicité, Ma foi en lui toujours se renouvelle. Que je voudrais qu'elle fût éternelle, Que mon esprit toujours y pût goûter ! Où dormez-vous, mes amantes divines ? Ne venez pas dans mon village en ruine, Je souffre vraiment moins de votre oubli Que de tenter, par un effort suprême, De mettre au jour l'amour enseveli. Laissez-moi donc votre rire que j'aime. C'est notre vie, qu'il nous faut bien subir. Ne croyez pas que la chose m'irrite. * * * Un érudit trouva triste à mourir Cette chanson où le dépit s'abrite Sous des vertus presque dignes du Ciel. Autrement dit, ça manque un peu de sel.
[...] tu la ressens, l’angoisse du retour ? Qui sait ! Il se fera dans l’ambiance amicale Sans avoir à traiter de question [...]
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