Poème
Relent d'amour
par Jean LORRAIN
Beauté tragique et vénéneuse, Genèvre, Ô pale empoisonneuse Dont les refus lents et savants M'ont appris l'amère ironie Des vains désirs à l'agonie De l'amour même survivants, Je hais et maudis ta mémoire, Coupe d'or où ne veut plus boire Mon coeur las, altéré d'oubli. Déjà lointaine comme un songe, Tu n'étais plus qu'un vain mensonge Dans mon sépulcre enseveli... Quand voilà qu'une bagatelle, Le fréle éventail de dentelle Dans mes main tombé par hasard, M'emplit de ton odeur aimée, Relent de ta chair embaumée, Parfum de benjoin et de fard... Et soudain tiré de l'abîme, Pareil à l'antique victime Engraissée aux caveaux sacrés, Comme une bête qu'on égorge, Je reviens en tendant la gorge, Pleurer sur tes pieds adorés.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.