Poème
Récurrence
par Jean LORRAIN
Enchanteurs et sorciers, Mantegna, Léonard ! Des sourires de femme apparus dans les Louvre Plus d'un porte une plaie au flanc, qui pleure et s'ouvre Et lui fait un front blême et le geste hagard. Ce bleu sombre et profond du ciel dans le regard, Ces lèvres de Vinci férocement royales, Ces cheveux roux nimbés de perles et d'opales Ont fait de ma jeunesse une souffrance d'art. Désormais obsédé des grâces captivantes Des Mortes, insensible aux charmes des vivantes, Mon coeur au seul Passé veut trouver des attraits ; Et, comme un envoûté des gothiques magies, En proie aux vains regrets des vaines nostalgies, Je suis un triste et fol amant d'anciens portraits.
Commentaires (2)
... et jaloux de Dorian Gray.
Lumière éternelle ---------- J'admire Léonard Quand je me rends au Louvre ; Tout un univers s'ouvre Engendré par son art. Je croise le regard D'une muse royale ; Mais son âme d'opale Trouble mes yeux hagards. Sa douceur captivante Prouve qu'elle est vivante ; C'est son plus bel attrait. Quelle étrange mage Teintée de nostalgie Dans un simple portrait ! --------------------------------------------------------------- Vaine application ---------- Vers vingt ans, nous avions des leçons de portrait. Une tendre Vénus nous servait de modèle ; Nous cherchions, de nos traits que nous voulions fidèles, À capturer la fleur de ses charmants attraits. L’occasion de souffler, de temps en temps, s’offrait. Le professeur disait : « Voyez, mademoiselle, Comment ces jouvenceaux et cette jouvencelle Ont vu votre beauté, ce qu’ils en ont extrait. » La plupart des portraits étaient plaisants à voir, Leurs auteurs possédant déjà quelque savoir ; Cependant, mes efforts et ceux de ma voisine Eurent un résultat si caricatural Que la fière Vénus, au maintien sculptural, N’éprouva que stupeur, face aux oeuvres porcines.
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