Poème
Récompense
À Madame Mireille Garcin de Maynard. Savoir qu’on sera lu par les yeux doux des femmes Et qu’elles presseront, pendant les soirs d’hiver, Votre livre imprégné d’un rayon tiède et clair Qui venant droit du cœur ira droit vers les âmes. Et savoir qu’au contact de vos vers pleins de flammes Un frisson sensuel glissera sur leur chair, Et que, vous évoquant comme un inconnu cher, Elles vous béniront dans leurs épithalames ! Et savoir qu’au printemps, sous les branches des bois, Elles tiendront encor vos pages dans leurs doigts Qu’enserre élégamment le cercle d’or des bagues ; Et qu’assises sur l’herbe, au rebord des fossés, Elles prendront leur part de vos tristesses vagues Et vous rendront les pleurs que vous avez versés !...
Commentaires (3)
Assis au bord de l'eau, je compose un sonnet Directement au dos d'une carte postale ; J'enverrai cette fleur à quatorze pétales A une amie de coeur qu'au lointain je connais. Ce serait un haïku, si j'étais japonais ; Illettré, ce seraient trois fleurs sentimentales. Car, puisqu'ils n'avaient point même langue natale, Homère un autre chant que Virgile entonnait. Boîte aux lettres, quand tu détiendras ce courrier, Que vienne le postier, sans se faire prier, Le prendre et le porter où vit ma douce amie. Facteur, quand tu verras la belle en son château, Donne-lui mon écrit tracé au bord de l'eau, Puisqu'il contient mon coeur, mes soupirs et ma vie.
L'année s'est enfuie Nul mot dans mon carnet Ne s'est déposé-
Trois plumes d’azur --------------------- C’est la plume d’antan, plus douce qu’une femme, Qui me tint compagnie pendant les soirs d’hiver ; La plume du présent trace un langage clair Qui tente, chaque jour, de refléter mon âme. La plume du futur sera-t-elle une flamme Brûlant bien au-delà de la mort de ma chair ? Ces trois plumes, parlant à ceux qui me sont chers, Ne sont que des roseaux, d’insignifiants calames. Mais je sais qu’au printemps, sur ma table de bois, J’aurai certainement la plume entre les doigts, Plume qui ornemente et plume qui élague. Ou bien, j’irai sur l’herbe, au rebord des fossés, Brasser des illusions, trouver des idées vagues Puis rire au souvenir d’encriers renversés.
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