Poème
Récits épiques - Le Jugement de l'Épée
par François COPPÉE
Quand Guntz Tête-de-Fer revint de Palestine, Une nuit qu’il veillait, couché sous la courtine, Près de sa femme Hilda, fille de Suénon, Il l’entendit, tout bas, en rêve, dire un nom, Un nom d’homme, celui d’un voisin de sa terre. Guntz est jaloux : il croit son épouse adultère, Va prendre son épée et la tire à demi. Mais, devant la candeur de ce front endormi, Qui repose, parmi la chevelure brune, Et que vient effleurer un doux rayon de lune, Il s’arrête, il hésite ; et le rude seigneur Sent son amour en lui plus fort que son honneur. Son oreille pourtant ne peut s’être trompée. — Guntz voulut prendre alors conseil de son épée, Celle que ses aïeux portaient de père en fils. Il la déposa donc devant le crucifix, Sur le prie-Dieu, sortie à moitié de sa gaine, Et lui dit : « Mon épée, ô ma bonne africaine ! Toi que j’ai retrempée au sang du Sarrasin, Qu’en dis-tu ?Mon épouse a nommé le voisin Dans son rêve ; et je crois qu’elle m’est infidèle, Mais je n’en suis pas sûr.Dis, que penses-tu d’elle ? Je connais ton horreur de toute trahison Et puis te confier l’honneur de ma maison ; Ton clair regard d’acier,, amie, est seul capable De lire dans cette âme innocente ou coupable ; Tu ne voudrais pas voir dormir auprès de moi Une femme moins pure et moins fière que toi. Pour que je lui pardonne ou qu’elle soit frappée, Juge-la donc ! » Alors, la noble et juste épée, Qui savait que, malgré qu’elle eût le cœur touché, Hilda n’avait jamais accompli le péché Avec le chevalier qu elle nommait en songe, La généreuse épée, exempte de mensonge, Ne voulut pas que Guntz agît comme un bourreau, Et, brusque, elle rentra d’elle-même au fourreau.
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Hommage à Mandrin ----------------------- La première tromperie Que je fis dans ma vie C'est d'avoir caressé la femme d'un, vous m'entendez, C'est d'avoir caressé la femme d'un frustré. Ce fut dans une église, Seigneur qu'elle était grise, Son épaule était nue, j'y mis la main, vous m'entendez, Son épaule était nue, j'y mis la main dessus. Quand la mer était haute, Seigneur, qu'elle fut chaude, Tant la nuit que le jour nous y fîmes bien, vous m'entendez, Tant la nuit que le jour nous y fîmes bien des tours. Je me suis montré tendre Avec une Cassandre, Et je me fis lâcher, tu t'en serais, vous m'entendez, Et je me fis lâcher, tu t'en serais douté. Cette dame assez noble, Avec sa grande robe, Je crois que c'est péché que de l'avoir, vous m'entendez, Je crois que c'est péché que de l'avoir quittée.
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